#la prison n’est pas un lieu de soins

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La prison même pour les malades psychique,ne peut pas être un lieu de soin

Le 26 juin 2019, le barreau de Paris a organisé un colloque intitulé « Prison et santé mentale » qui a mis en lumière la proportion impressionnante de personnes atteintes de troubles psychiques plus ou moins graves dans les établissements pénitentiaires.

Quand on se penche sur la question de la santé mentale en prison, les chiffres sont impressionnants. Selon la dernière étude qui remonte à 2004, on dénombre un trouble psychique chez 55 % des personnes entrant en prison. Parmi elles, 40 % de dépressifs, 24 % de psychotiques dont 8 % de schizophrènes, et 8 % de personnes atteintes de psychose chronique, par exemple une paranoïa. À cela s’ajoutent les dépendances à l’alcool (20 %) et à la drogue (26 %). Ce qui pose la question de savoir si ces malades ne seraient pas mieux à l’hôpital qu’en prison. Pour Sébastien Saetta, sociologue, postdoctorant, il est clair qu’on enferme de plus en plus à l’heure actuelle, que ce soit en psychiatrie ou en prison. La société est pourtant moins violente, comme en attestent les statistiques sur les crimes et les délits qui sont en baisse ; toutefois, elle est perçue comme plus risquée. S’il y a autant de personnes atteintes de troubles mentaux en prison – dont certaines sont incapables de saisir le sens de la peine –, c’est qu’au fil de l’Histoire, on n’a cessé d’hésiter entre hôpital et prison. D’ailleurs, une corrélation s’observe entre l’évolution des deux populations. Quand l’une diminue, l’autre augmente, sans que les spécialistes s’accordent sur l’existence d’une causalité. Toujours est-il que jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, on internait davantage dans les hôpitaux. Mais à la fin de la guerre, on a découvert que 45 000 patients étaient morts de faim dans les asiles. On les avait abandonnés. Cette « hécatombe des fous » a engendré l’idée qu’il fallait réduire l’asilaire au profit de solutions alternatives. Mais celles-ci n’ont jamais été mises en place. La crise actuelle de la psychiatrie – manque de lits et de soignants – a pour conséquence de laisser des malades à la rue. Lesquels se retrouvent bien souvent en comparution immédiate et finissent en prison. « Le pénal est devenu le centre de gravité de la gestion de la déviance car une journée de prison coûte moins cher qu’une journée à l’hôpital », dénonce Sébastien Saetta.

Vulnérabilité. Mais si la prison tente de s’adapter, elle ne peut pas être un lieu de soin. Elle est même très destructrice pour les malades, quand elle ne provoque pas elle-même la pathologie, comme le choc carcéral qui frappe certaines personnes à leur arrivée et peut conduire au suicide. L’amalgame trop souvent fait entre maladie mentale et dangerosité préoccupe Gérard Benoist, psychologue clinicien à Fleury-Merogis. D’autant que les personnes souffrant de maladie mentale sont moins souvent dangereuses que vulnérables en prison car elles ne peuvent pas tirer parti des maigres manières d’améliorer leur sort, par exemple en cantinant. Elles font aussi plus fréquemment l’objet d’incidents qui les mènent au quartier disciplinaire. Des incidents souvent liés aux ruptures dans leur traitement. Pendant les phases d’hospitalisation, les personnes sont suivies et leur état s’améliore, mais lorsqu’elles retournent en prison, elles cessent bien souvent de prendre leur traitement. Selon Gérard Benoist, les filières psychiatriques dédiées aux détenus proposent des soins de qualité, mais elles ont un effet pervers : elles donnent au magistrat le sentiment que l’incarcération sera un moyen de soigner la personne.

Distinguer garde et soin. Or une prison n’est pas un hôpital. Là comme ailleurs, si la qualité des soins existe, elle varie beaucoup en fonction des lieux car les moyens sont globalement insuffisants. Adeline Hazan, contrôleure général des prisons, porte une grande attention à la question de la santé mentale en prison et a réclamé une nouvelle étude car les derniers chiffres remontent à 2004. Elle dénonce le fait que la loi J21 n’ait pas modifié le régime des comparutions immédiates. Ces dernières sont en effet des grandes pourvoyeuses de malades psychiatriques en prison car l’expertise n’est pas imposée par la loi en correctionnelle. Pourtant des solutions existent. Par exemple, des psychiatres tentent actuellement d’investir le moment de la garde à vue pour rencontrer les personnes et établir un projet avec elles qui pourra être proposé au juge lors de l’audience, avec en particulier une possibilité d’hébergement. « Il y a une vraie méconnaissance de la pathologie mentale chez le personnel pénitentiaire. Il faudrait exiger une formation. Pour l’instant elle n’existe que pour les suicides et il y aurait beaucoup à dire », estime Adeline Hazan. « La prison s’adapte sans y faire face convenablement », confirme Amélie Morineau, présidente de l’Association pour la défense des droits des détenus (A3D). Comme Gérard Benoist, elle dénonce la dégradation de l’état des personnes due aux allers-retours entre hôpitaux et établissements pénitentiaires. Faudrait-il alors imposer aux détenus de se soigner ? Non, répond l’avocate qui insiste sur la nécessaire séparation entre soin et garde. « Ce serait incompréhensible pour un détenu qu’il y ait confusion entraînant des menaces du type : vous prenez votre traitement ou on vous l’administre par injection ». Le risque n’est pas théorique. Au centre pénitentiaire de Château-Thierry, on accueille les détenus souffrant de troubles du comportement de type tendance suicidaire, automutilation. Sur le papier, c’est idéal. Les surveillants sont formés, on cultive un climat de confiance avec les détenus, on surveille leur état de santé, on leur propose des activités… « Mais n’est-ce pas ce que l’on devrait attendre de n’importe quel établissement ? » interroge Amélie Morineau. Le revers de la médaille, c’est l’effacement de la frontière entre soin et garde car, dans cet établissement, on administre de force les traitements. « La possibilité de dire non est le dernier espace psychique de liberté pour un détenu », rappelle Charlotte Haguenauer, psychologue clinicienne.

Améliorer la prise en charge des troubles mentaux en prison

Le ministère de la Justice et le ministère des Solidarités et de la santé ont présenté le 2 juillet 2019 leur feuille de route commune relative à la santé des personnes placées sous main de justice 2019-2022. Concernant la santé mentale, deux études vont être lancées cette année ou au plus tard l’année prochaine, dont la principale porte sur les troubles mentaux en prison, leur nature, leur évolution et l’influence de l’univers carcéral sur ceux-ci. De nouvelles places devraient également être créées dans les Unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA). Créées en 2002, ces unités hospitalières délivrent des soins psychiatriques en hospitalisation complète aux détenus. Les 416 places actuelles sont insuffisantes, les deux ministères travaillent à la définition des besoins et à l’articulation des différentes prises en charge. Les surveillants pénitentiaires vont également être formés avec le personnel de soin dans le cadre de modules communs à la détection du suicide. De même, et comme le réclamait la contrôleure générale des prisons, Adeline Hazan, les personnels pénitentiaires vont recevoir au titre de la formation initiale et continue un enseignement sur la gestion des détenus souffrant de troubles mentaux. Il n’est en revanche pas prévu de remettre en cause la distinction soin/garde, le modèle de Chateau-Thierry restera donc isolé. Il n’est pas non plus prévu de remettre en cause la situation d’enfermement des malades psychiatriques lourds, inaccessibles au sens de la peine.

Par Olivia Dufour


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Bruno Dravet

Me Bruno Dravet a créé son Cabinet d'Avocat à Toulon (Var) au début des années 80, après des études supérieures à la Faculté de droit d'Aix en Provence. Il est marié et père de famille. Il vit dans le village provençal du Revest-les-Eaux.

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